Interview de Damiens NICOLAS – Auditeur de la session 2026 de l’A2M à Monaco, promotion Sainte Dévote
Originaire de la Guadeloupe, Damiens Nicolas participera à la session d’été de la formation de l’A2M (promotion Sainte Dévote) pour parfaire ses connaissances sur la mer et les océans et, à terme, développer sa capacité de conseil en stratégie d’adaptation au changement climatique.
– Damiens Nicolas, pouvez-vous vous présenter ?
Originaire de l’archipel de la Guadeloupe, je suis consultant spécialisé en gestion de projets d’adaptation au changement climatique ainsi qu’en gestion des risques de catastrophe et conférencier TEDx. Fort d’un parcours académique en philosophie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et en affaires publiques à l’Institut d’études politiques de Lyon, j’ai à cœur de promouvoir la résilience climatique des Petits États insulaires en développement et des territoires océaniques.
Mon parcours en plaidoyer environnemental débute en tant que Président de Sorb’Outre-mer, association ultramarine de la Sorbonne où je constitue un groupe de réflexion dédié aux problématiques environnementales des territoires insulaires. Cet intérêt se renforce en 2020, avec la co-fondation de l’Observatoire Terre-Monde, un centre d’étude et d’action dédié aux écologies politiques des Outre-mer et de leurs régions voisines. À l’occasion de la COP29, j’ai été lauréat de la Caribbean Climate Justice Leaders Academy, un programme de bourse co-porté par Island Innovation et la Fondation Open Society, visant à former les leaders de demain en matière de gouvernance internationale du climat.
Mon intérêt pour les liens entre l’océan et le climat s’est particulièrement renforcé lors d’une mission de coopération internationale à l’Association des États de la Caraïbe, à Trinité-et-Tobago. Cette première immersion en diplomatie environnementale m’a confronté à la problématique de la gestion des sargasses, une algue invasive et toxique qui affecte la mer des Caraïbes et l’océan Atlantique, avec des impacts significatifs sur la santé publique, l’économie, le tourisme et la biodiversité. Depuis 2011, les sargasses constituent un risque émergent lié au changement climatique. À ce titre, la thématique de la santé des océans, qui sera mise à l’honneur au sein de la promotion Sainte-Dévote, résonne particulièrement avec cet enjeu.
À moyen terme, j’ai pour ambition de suivre une formation complémentaire à l’international afin de renforcer ma spécialisation dans la mise en œuvre de stratégies d’adaptation au changement climatique. Je porte une attention particulière à l’adaptation des zones côtières et urbaines vulnérables. J’aspire à évoluer en tant qu’expert technique au sein d’institutions internationales, telles que les banques multilatérales de développement, les fonds internationaux pour l’environnement, think tank et organisations philanthropiques.
– Y a-t-il une rencontre, une lecture ou une expérience qui vous a poussé à vous
intéresser au monde maritime ?
Mon intérêt pour le monde maritime s’est construit progressivement à travers une expérience de terrain et d’engagement dans la gouvernance de la mer des Caraïbes. Le travail mené sur les sargasses a été un point d’ancrage structurant : il m’a confronté très concrètement aux interdépendances entre régulation du système océanique, dérèglement climatique et vulnérabilités socio-économiques des territoires insulaires.
À l’Association des Etats de la Caraïbe, j’ai facilité le développement d’une interface science-politique afin de faire dialoguer expertise scientifique et décision publique, et à accompagner l’émergence de positions communes entre Etats. Cette expérience m’a permis de saisir la mer des Caraïbes non seulement comme un espace riche en biodiversité marine, mais aussi comme une aire géostratégique, traversée par des enjeux de souveraineté et de coopération régionale.
En parallèle, mon travail de plaidoyer océan-climat est venue renforcer cette trajectoire. À l’instar de ma participation au Pavillon Bleue de la COP30 à Bélém au Brésil. Cet engagement m’a permis d’inscrire ces enjeux dans des cadres plus larges, qu’il s’agisse de résilience climatique, de conservation marine ou d’économie bleue.
– Comment avez-vous découvert l’Académie de la Mer de Monaco ?
Par l’intermédiaire de deux alumnis issus des territoires d’Outre-mer. D’abord Philippe Legrix, originaire de la Guadeloupe et président de l’association Sciences Ô à Sciences Po Paris, qui rassemble les étudiants ultramarins de l’établissement. Puis Samira Ben Ali, originaire de Mayotte, juriste engagée en faveur de la justice climatique.
Leurs parcours respectifs ont constitué une source de motivation déterminante dans ma décision de candidater à la session 2026.
– Qu’est-ce qui vous a poussé à candidater ? l’approche multidimensionnelle de la formation de l’A2M ?
En tant que jeune professionnel cherchant à structurer une trajectoire dans le domaine de la gouvernance environnementale à l’international, j’ai rapidement identifié l’Académie de la Mer de Monaco comme une opportunité stratégique d’intégrer un réseau d’experts et de praticiens du monde maritime.
Au-delà de l’excellence du programme, j’ai été sensible à la démarche résolument pluridisciplinaire qui le caractérise. Cette approche fait écho à mon propre parcours académique en philosophie et en sociologie politique, où l’analyse des enjeux environnementaux s’inscrit toujours dans une lecture systémique des jeux d’’acteurs. Elle permet d’appréhender les problématiques maritimes non pas de manière sectorielle, mais dans leur complexité, à l’intersection des dimensions écologiques, économiques, sociales et politiques.
Cette diversité de regards constitue également, selon moi, un véritable levier professionnel. Dans le champ des politiques de développement et d’environnement, les interactions avec une pluralité d’acteurs rendent indispensable une capacité à dialoguer entre disciplines et à articuler différents cadres d’analyse. C’est précisément cette compétence que je souhaite continuer à renforcer à travers mon expérience au sein de l’Académie de la Mer de Monaco.
– Cette participation s’inscrit-elle dans un projet professionnel lié à la mer ?
Je vise à construire une carrière dans le domaine de l’adaptation au changement climatique, avec un intérêt particulier pour la résilience des zones côtières vulnérables, notamment dans les contextes insulaires et les environnements urbains exposés aux risques climatiques. Mon objectif est de contribuer à la conception et à la mise en œuvre de stratégies d’adaptation qui articulent enjeux environnementaux, sociaux et économiques, en tenant compte des fortes contraintes propres aux territoires littoraux.
Dans cette perspective, je souhaite également approfondir mes compétences sur les enjeux liés aux océans et à l’économie bleue durable. Je m’intéresse particulièrement à la finance bleue, en tant qu’outil de structuration et de mobilisation de financements innovants au service de projets maritimes et côtiers. Cela inclut notamment la capacité à accompagner la conception de mécanismes financiers adaptés aux enjeux climatiques, ainsi que la structuration de projets visant le développement d’infrastructures maritimes durables, résilientes et compatibles avec les trajectoires de décarbonation.
Plus largement, je porte un intérêt aux grandes transformations du secteur maritime, qu’il s’agisse de la protection de la biodiversité en haute mer, de la décarbonisation des transports maritimes ou encore de la transition vers des modèles économiques marins plus durables. Ces différents champs d’action me semblent étroitement liés et constituent, ensemble, un levier essentiel pour renforcer la résilience des milieux côtiers et marins face au changement climatique.
Rendez-vous le 29 juin à Monaco pour le début de la session !