Interview de Franck ZAL – Conférencier qui interviendra lors de la session 2026 de l’A2M à Monaco
Franck Zal dirige l’entreprise Hemarina qui développe, à partir des propriétés exceptionnelles de l’hémoglobine de vers marins, des traitements favorisant la cicatrisation des brûlures. Parfaite illustration de ce que la mer peut apporter de mieux à la santé humaine, il interviendra à la session d’été 2026 de l’A2M.
Interview.
– Franck Zal, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Dr en biologie marine de formation et entrepreneur. J’ai effectué mes études à Sorbonne Université et à Santa-Barbara en Californie. Depuis plus de vingt-cinq ans, je travaille sur les capacités extraordinaires d’adaptation du vivant marin, et notamment sur les mécanismes liés au transport de l’oxygène chez certains organismes marins.
Après plusieurs années de recherche au CNRS et à la Station Biologique de Roscoff, j’ai fondé la société Hemarina afin de transformer ces découvertes scientifiques en innovations médicales concrètes au service des patients.
Mon parcours repose sur une conviction simple : l’océan constitue l’une des plus grandes bibliothèques d’innovations pour l’humanité.
– Quels sont vos domaines d’expertise, vos travaux et vos récentes activités ?
Mes travaux portent principalement sur la biologie marine, le biomimétisme et les applications médicales inspirées du vivant marin.
Nous avons notamment développé une technologie issue de l’hémoglobine extracellulaire d’un ver marin, capable de transporter naturellement de grandes quantités d’oxygène. Cette innovation a conduit à plusieurs applications dans la conservation des organes pour la transplantation, la cicatrisation des tissus ou encore les situations d’hypoxie.
Ces dernières années ont été particulièrement intenses avec le développement international de nos technologies, des collaborations scientifiques et médicales dans plusieurs pays, ainsi qu’une reconnaissance récente avec notre nomination au Prix de l’Inventeur Européen 2026 par le European Patent Office.
J’ai également publié un livre, l’histoire de ma vie préfacé par Monseigneur le Prince Albert II, intitulé « un trésor sous le sable » publié aux éditions les Arènes et qui raconte le chemin qui m’a conduit à faire cette découverte qui est en train de révolutionner des pans entiers de la médecine.
– Sur quels sujets allez-vous intervenir lors de la formation de l’Académie de la Mer à Monaco ?
Mon intervention portera sur la manière dont l’océan peut devenir une source d’innovations majeures pour la santé, l’industrie et notre compréhension du vivant.
Nous aborderons notamment :
– le biomimétisme marin ;
– les capacités d’adaptation des organismes marins ;
– le lien entre biodiversité et innovation ;
– la valorisation scientifique et industrielle des ressources marines ;
– ainsi que les enjeux éthiques et environnementaux liés à cette exploration.
L’objectif est aussi de montrer comment une découverte fondamentale issue du berceau de l’humanité, l’océan, peut avec le temps, devenir une solution concrète pour répondre à des enjeux de société.
– En termes de sensibilisation et de formation, quel est l’objectif de votre intervention vis-à-vis des candidats ?
J’aimerais transmettre aux auditeurs une autre manière de regarder l’océan : non seulement comme un espace naturel à protéger, mais aussi comme un immense territoire de connaissances encore largement inexploré.
Je souhaite également partager l’importance du dialogue entre science, économie, environnement, médecine et innovation. Aujourd’hui, les grands défis nécessitent des approches transdisciplinaires, car c’est là que naient les grandes innovations.
Enfin, je voudrais encourager les candidats à conserver une capacité d’émerveillement et d’audace, car les découvertes naissent souvent de regards différents sur le monde.
– En quoi ce sujet participe-t-il à une connaissance pluridisciplinaire du monde de la mer et des océans ?
L’océan est par nature un sujet profondément pluridisciplinaire.
À travers un simple organisme marin, nous pouvons parler de biologie, de médecine, de physique, d’écologie, d’économie, de souveraineté, de climat ou encore de géopolitique.
Comprendre le monde marin nécessite de croiser les disciplines et les expertises. C’est précisément ce qui rend cet univers si passionnant : il relie les sciences du vivant aux grands enjeux humains contemporains.
– Pourquoi, selon vous, le monde maritime est-il un sujet particulièrement important à prendre en compte de nos jours ?
Parce que l’avenir de l’humanité est intimement lié à celui de l’océan.
Le monde maritime joue un rôle central dans la régulation du climat, la biodiversité, l’alimentation, la santé, l’énergie ou encore les échanges internationaux. Pourtant, nous connaissons encore très peu cet environnement. Savez vous que nous connaissons à peine la surface de Paris au niveau des fonds océaniques alors que l’océan c’est 70.8% de la surface de la planète.
L’océan représente à la fois une responsabilité collective et une formidable opportunité d’innovation. Protéger les océans tout en apprenant d’eux sera probablement l’un des grands équilibres du XXIe siècle.
– En quoi la formation de l’A2M peut-elle ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles aux candidats ?
Cette formation permet d’acquérir une vision globale et stratégique du monde maritime, ce qui devient aujourd’hui extrêmement précieux.
Les métiers liés à la mer évoluent rapidement : biotechnologies marines, énergies, environnement, santé, sécurité maritime, économie bleue, innovation, diplomatie scientifique…
L’A2M offre justement cette capacité à créer des passerelles entre différents univers professionnels et à développer une compréhension transversale des enjeux maritimes contemporains.
– Quel message aimeriez-vous adresser aux futurs auditeurs de l’A2M ?
Je leur dirais de rester curieux et reprendrais la citation de Léonard de Vinci que je me suis approprié « scrute la nature, c’est là qu’est ton futur ».
L’océan nous enseigne l’humilité, la résilience et l’innovation permanente. Il nous rappelle aussi que les grandes découvertes commencent souvent par une question simple et un regard attentif porté sur la nature.
Nous vivons une période où les frontières entre disciplines s’effacent progressivement. Les futurs leaders seront probablement ceux capables de relier les savoirs, les cultures et les visions.
Et parfois, les solutions aux défis du futur se trouvent déjà dans le vivant marin, sous nos yeux, depuis des millions d’années.