Interview de Jean-Charles VALLÉE – Auditeur de la session 2026 de l’A2M à Monaco, promotion Sainte Dévote
Résidant sur l’Île de Beauté, Jean-Charles VALLÉE traversera la Méditerranée fin juin pour participer à la 3e session d’été de l’A2M. Il nous explique ses motivations à l’idée de suivre cette formation et d’acquérir de nouvelles connaissances.
Interview.
– Jean-Charles Vallée, pouvez-vous vous présenter ?
Je travaille en qualité de Directeur général-adjoint au sein de la Communauté d’Agglomération du Pays Ajaccien, la CAPA, première agglomération de Corse, et je suis en charge des politiques publiques relatives au développement économique, de la cohésion sociale et des solidarités ainsi qu’à la ruralité, l’agriculture et l’alimentation durable.
Mon quotidien consiste à analyser les dynamiques de notre territoire, à mobiliser les leviers institutionnels disponibles, et à imaginer des réponses adaptées aux enjeux spécifiques d’un territoire insulaire méditerranéen. C’est un travail qui demande à la fois rigueur analytique et sens du dialogue entre acteurs publics, à différentes échelles — locale, régionale et nationale.
– Y a-t-il une rencontre, une lecture ou une expérience qui vous a poussé à vous intéresser au monde maritime ?
Difficile de dissocier la mer de la Corse. Grandir et travailler sur cette île, c’est vivre dans un rapport constant à la Méditerranée — une mer qui n’est pas seulement un paysage, mais une réalité économique, sociale et géopolitique. Alors que j’occupais la fonction de Directeur Général de l’Agence de développement économique de la Corse, il nous a été confié le soin de définir et mettre en œuvre une stratégie du nautisme et de la plaisance. Ce qui a structuré mon intérêt, c’est progressivement la prise de conscience que la mer est un espace de gouvernance complexe, souvent sous-estimé dans les politiques publiques continentales.
Lire des travaux sur l’économie bleue, suivre les tensions autour des ressources halieutiques ou des câbles sous-marins m’ont convaincu que le maritime était un enjeu stratégique majeur pour les décennies à venir — et qu’il nous appartenait, en Corse, de ne pas rester spectateurs.
– Comment avez-vous découvert l’Académie de la Mer de Monaco ?
La Principauté ne m’est pas étrangère et j’ai toujours suivi avec attention l’implication et l’influence de ce pays en matière maritime en particulier et de protection de l’environnement en général. Monaco occupe une position singulière dans ce domaine : son rayonnement international, les liens historiques de la famille princière avec l’océanographie et son engagement en faveur de la protection des océans en font un lieu naturellement légitime pour abriter ce type de programme.
Je suis sur LinkedIn tous les posts du Président Laurent ANSELMI et c’est ainsi que j’ai découvert et pris connaissance de l’Académie de la Mer et de la pluridisciplinarité de la formation, croisant droit, sciences, géopolitique, économie et environnement. J’ai immédiatement perçu sa cohérence avec les questions que je traite dans mon travail territorial.
– Qu’est-ce qui vous a poussé à candidater ?
Deux raisons essentielles. La première est intellectuelle : je souhaitais sortir du prisme strictement institutionnel français pour acquérir une lecture plus globale et transversale des enjeux maritimes. La seconde est stratégique : la CAPA est un territoire littoral, avec un port important, une économie encore insuffisamment tournée vers ses atouts maritimes, et des défis environnementaux réels sur son espace côtier.
Il m’est apparu que me former à l’A2M me permettrait de nourrir concrètement la réflexion stratégique de notre agglomération sur ces sujets, en apportant une vision structurée et documentée là où le débat local manque parfois de références solides.
– L’approche multidimensionnelle de l’A2M représente-t-elle un levier pour votre carrière professionnelle ?
Absolument, et c’est précisément ce qui distingue cette formation d’une spécialisation classique. Dans mon travail, les sujets ne se présentent jamais sous un seul angle. Une politique de développement des filières bleues implique une compréhension des dynamiques géopolitiques méditerranéennes autant que des mécanismes de financement européens.
J’ai déjà expérimenté ce type d’approche multidimentionnelle lors de mon Mastère à l’Ecole Nationale d’Administration et plus récemment au cours du MBA que j’ai suivi à l’Académie Militaire de la Gendarmerie Nationale. L’approche de l’A2M — qui refuse les cloisonnements disciplinaires — correspond exactement à la façon dont les problèmes doivent se penser et s’envisager.
C’est un cadre de pensée autant qu’un corpus de connaissances.
– Cette participation s’inscrit-elle dans un projet professionnel lié à la mer ?
Oui, de manière réfléchie.
La CAPA est partenaire du Pôle de compétitivité dédié à la Mer et je travaille à la structuration d’une vision maritime intégrée pour le territoire ajaccien : comment valoriser l’économie bleue locale, comment articuler les politiques de gestion du littoral avec les exigences de transition écologique, comment positionner la CAPA dans les coopérations méditerranéennes qui montent en puissance.
Ce sont des chantiers de moyen terme, qui nécessitent des compétences que l’A2M peut contribuer à forger. Plus largement, je crois que les territoires insulaires méditerranéens comme la Corse ont un rôle à jouer dans la gouvernance de la Méditerranée — à condition de se doter des outils intellectuels et des réseaux pour le faire.
Rendez-vous le 29 juin à Monaco pour le début de la session !