Interview de Thi Thu Thuy NGUYEN – Auditrice de la session 2026 de l’A2M à Monaco, promotion Sainte Dévote

Originaire du Vietnam, Thi Thu Thuy Nguyen illustre toute la diversité de la promotion Sainte Dévote qui participera à la session d’été 2026 de la formation de l’A2M.

Pour découvrir son profil (et l’origine singulière de sa vocation), lisez son interview ci-dessous. 👇🏻

– Thi Thu Thuy Nguyen, pouvez-vous vous présenter ?

Passionnée par les échanges internationaux et profondément attachée à mes racines maritimes, j’ai 23 ans et je suis originaire de Ha Tinh, une province côtière du Centre du Vietnam.

Récemment titulaire d’une licence en commerce extérieur à l’École Supérieure de Commerce Extérieur de Hanoï (ESCE), je m’apprête à franchir une nouvelle étape en intégrant, dès la rentrée prochaine, un Master en Logistique et Management de la Supply Chain en France.

Mon ambition est de devenir une experte capable de concilier l’efficacité des flux commerciaux avec une protection rigoureuse de nos écosystèmes.

– Y a-t-il une rencontre, une lecture ou une expérience qui vous a poussé à vous intéresser au monde maritime ?

Plus qu’une lecture, c’est une épreuve réelle qui a forgé ma conscience maritime. En 2020, alors que j’avais 17 ans et que j’étais en pleine phase de préparation intensive pour le concours national des lycéens d’excellence de français, ma région a été frappée par des inondations historiques. Conséquences de 9 tempêtes successives pendant 2 mois, ces événements d’une violence anormale ont causé d’importants dégâts humains et matériels. Ma famille a vécu près de 3 semaines sans électricité ni eau courante, voyant notre maison envahie par les eaux.

Vivre cette vulnérabilité face aux éléments a été un véritable électrochoc. J’ai réalisé que l’océan, d’ordinaire si nourricier et familier, pouvait devenir une force destructrice sous l’effet du dérèglement climatique. Bien que ces événements soient souvent perçus sous un angle purement environnemental, cette épreuve a éveillé en moi la volonté de comprendre la complexité du monde maritime dans toutes ses dimensions.

C’est ce qui m’a poussée, tout au long de ma licence, à chercher des opportunités pour étudier la mer sous des angles divers, notamment au sein du programme des Chaires de l’OMC.

– Comment avez-vous découvert l’Académie de la Mer de Monaco ?

À travers le réseau de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). La vision tranversale impulsée à 360° par son Président, M. Laurent Anselmi, m’a immédiatement séduite par sa pertinence face aux défis maritimes contemporains.

En tant que francophone, j’ai vu en l’A2M l’opportunité unique de conjuguer mon affinité pour la langue de Molière à mes ambitions de recherche sur l’économie bleue.

C’est, pour moi, le point de rencontre parfait entre la rigueur académique et l’engagement environnemental.

– Qu’est-ce qui vous a poussé à candidater ?

Ma candidature est née d’une soif de transversalité, s’inscrivant dans une phase de transition cruciale entre la fin de ma licence et mon futur parcours en Master. Si ma licence en commerce extérieur s’est principalement concentrée sur les aspects économiques, je sentais qu’il me manquait des clés juridiques, géopolitiques et environnementales pour appréhender le monde maritime dans sa globalité.

Par ailleurs, le fait que l’intégralité de la formation soit dispensée en français rend cette session véritablement unique. Dans un monde où les problématiques océaniques sont presque exclusivement traitées en anglais, l’A2M contribue activement au rayonnement de la francophonie scientifique et à la création d’un espace de dialogue pluricontinental. C’est une opportunité précieuse pour une jeune chercheuse comme moi de porter une voix francophone sur ces enjeux globaux.

Enfin, Monaco étant un pionnier de la diplomatie environnementale, cette formation représente la chance inestimable d’apprendre auprès des meilleurs experts et de côtoyer des auditeurs venus d’horizons divers. Monaco et le Vietnam, bien qu’éloignés géographiquement, partagent une identité maritime profonde. Avec plus de 3 200 km de côtes, mon pays fait face, tout comme la Principauté, aux défis cruciaux de la préservation des littoraux et de la montée des eaux.

Je vois dans ces échanges une opportunité de confronter les perspectives pour rapporter ce bagage intellectuel au Vietnam et contribuer au développement d’une économie bleue résiliente, protégeant ainsi les régions côtières vulnérables comme celle dont je suis issue.

– L’approche multidimensionnelle de l’A2M représente-t-elle un levier pour votre carrière professionnelle ?

Absolument. Dans le secteur de la logistique maritime, qui constitue le cœur battant du commerce mondial, cette approche multidimensionnelle est un levier stratégique indispensable. Ce secteur est aujourd’hui particulièrement vulnérable face aux tensions géopolitiques et aux crises environnementales. Comprendre l’interconnexion entre ces disciplines me permettra de dépasser une vision purement opérationnelle.

Par exemple, la maîtrise des enjeux géopolitiques est cruciale pour anticiper les ruptures de flux, tandis que l’expertise juridique et environnementale est désormais indissociable de la gestion des ports de demain. Ces connaissances me donneront la légitimité nécessaire pour concevoir des chaînes d’approvisionnement non seulement performantes, mais surtout résilientes et responsables.

Pour une future chercheuse, cette vision à 360° est la clé pour bâtir un modèle logistique capable de naviguer dans la complexité de notre siècle.

– Cette participation s’inscrit-elle dans un projet professionnel lié à la mer ?

C’est une étape structurante qui vient parfaire mon parcours au moment où je m’apprête à poursuivre un Master, avec l’ambition à long terme d’engager un Doctorat. Si ma licence m’a apporté un socle économique solide, je souhaite désormais élargir mon horizon vers une approche pluridimensionnelle du monde maritime.

Mon projet de devenir enseignante-chercheuse au Vietnam est porté par une conviction profonde : l’éducation est le levier essentiel pour transformer la perception des jeunes générations face aux défis des mers et des océans, à l’image de l’initiative que vous menez.

Apprendre auprès de chercheurs et de professionnels reconnus me permettra de mieux appréhender les nouveaux enjeux – scientifiques, juridiques, climatiques et géopolitiques – auxquels nos nations sont confrontées aujourd’hui. À travers mes futurs travaux de recherche, notamment sur la décarbonation du transport maritime ou la résilience portuaire, j’aspire à transmettre cette expertise pluridisciplinaire pour bâtir une économie bleue durable dans mon pays.

C’est, pour moi, une manière de transformer ma passion pour la mer en une mission de transmission et d’innovation au service d’un avenir océanique plus sûr.

Rendez-vous le 29 juin à Monaco pour le début de la session !