Interview de Charlotte CORPOREAU – Biologiste marin au sein de l’Ifremer

Charlotte Corporeau exerce le métier de biologiste marin au sein de l’Ifremer, un institut de recherche français basé à Brest et reconnu à l’international. Elle travaille depuis de nombreuses années sur l’évolution de l’huître au sein du milieu marin, écosystème en perpétuel changement dû au dérèglement climatique. Une expertise scientifique particulièrement utile pour les auditeurs de notre prochaine session qui aura lieu cet été à Monaco.

Interview.

– Charlotte Corporeau, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis directrice de recherche en physiologie et biologiste marin à l’Ifremer de Brest. J’ai toujours été fascinée par le vivant ; j’ai fait des études à Rennes en sciences de la Vie et de la Terre, ma thèse en Biologie du développement à Paris, entre la faculté de médecine rue des Saints-Pères et les laboratoires de Jussieu, pour étudier les mécanismes de développement des embryons chez l’animal.

J’ai vu les oeufs de Xénope que Claudie Haigneré a emporté pour la mission spatiale Cassiopée en 1996 ! Depuis 18 ans, je me suis ancrée en Fnistère, pour étudier la santé des coquillages et des poissons qui peuplent nos territoires marins côtiers.

– Quels sont vos domaines d’expertise, vos travaux et vos récentes activités ?

Je fais de la recherche fondamentale en biologie marine. Mon domaine de recherche est la physiologie, qui est la science qui étudie le fonctionnement des organismes vivants et de ce qui les compose (organes, tissus, cellules). J’ai une expertise en Biochimie pour analyser les protéines et les biomolécules naturelles produites par les organismes. Mes travaux visent à comprendre les mécanismes qui régulent l’homéostasie des animaux, le maintien de leur santé, leur adaptation aux changements de l’environnement, leur réponse au stress.

Je me suis particulièrement intéressée à l’huître creuse car cet animal est extraordinaire: l’huître naît dans le grand océan, nage pour s’accrocher à son rocher alors qu’elle n’a que quelques heures d’existence et une taille de quelques microns mètre; puis elle va passer sa vie entière accrochée définitivement sur ce rocher, dans le milieu intertidal, qui est la zone de balancement des marées. Et pour moi,l’huître est l’un des rares animaux capable de vivre dans un environnement naturel extrême, car elle est soumise quotidiennement à la marée haute/marée basse, ce qui est un stress extrême !

J’ai récemment découvert que l’huître creuse est capable de contrôler naturellement l’un des mécanismes des cellules cancéreuses humaines et je commence à comprendre les protéines mises en jeu. Nous voulons développer ces protéines d’huître comme de nouveaux agents d’attaque contre le cancer chez l’homme.

– Sur quels sujets allez-vous intervenir lors de la formation de l’Académie de la Mer à Monaco ?

Mon intervention est intégrée dans une table ronde autour du sujet “Mer et santé humaine: les bienfaits de la mer pour la santé de l’homme”. Comme Franck Zal, qui dirige l’entreprise Hemarina, j’interviendrai sur la manière dont l’océan peut devenir une source d’innovations majeures pour la santé humaine, au travers de notre meilleure compréhension du vivant par la recherche fondamentale.

Aujourd’hui nous testons comment les protéines de l’huître peuvent aider à contrôler les cellules cancéreuses humaines in vitro, nous avançons pas à pas, nous avons encore besoin de financement et de temps de recherche au laboratoire pour comprendre leurs effets. De la mer à la pharmacie, le chemin est long !

L’objectif est aussi de montrer comment une découverte fondamentale issue du berceau de l’humanité, l’océan, peut avec le temps, devenir une solution concrète pour répondre à des enjeux de société.

– En termes de sensibilisation et de formation, quel est l’objectif de votre intervention vis-à-vis des candidats ?

J’aimerais permettre le rêve à un public de tout âge alors que notre monde aujourd’hui est tourmenté. Le rêve d’un cancer encore mieux soigné chez l’homme parce que les animaux marins nous montrent comment faire, pour résister au stress, vivre longtemps, vivre en harmonie avec l’environnement.

– En quoi ce sujet participe-t-il à une connaissance pluridisciplinaire du monde de la mer et des océans ?

Nous rapprochons les médecins et les biologistes du cancer autour d’un animal qu’ils ne connaissent absolument pas, l’huître ! Nous bénéficions de tous les outils d’analyses scientifiques extraordinairement bien développés chez l’homme pour étudier nos protéines d’huîtres !

C’est extraordinaire de croiser nos visions, nos connaissances et nos ignorances dans une recherche interdisciplinaire à l’interface entre biologie marine et biologie en santé.

– Pourquoi, selon vous, le monde maritime est-il un sujet particulièrement important à prendre en compte de nos jours ?

Il est peut-être temps de repenser autrement notre lien avec le monde maritime: la santé de la mer, la santé des coquillages, c’est aussi la santé pour l’homme ; prenons soin de cette santé unique.

– En quoi la formation de l’A2M peut-elle ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles aux candidats ?

Elle permet d’ouvrir l’esprit sur des enjeux d’actualités: les candidats peuvent s’orienter vers l’étude des impacts environnementaux et de la santé des écosystèmes, la valorisation des ressources marines et l’innovation industrielle, et devenir acteurs de la santé et du bien-être pour l’homme.

– Quel message aimeriez-vous adresser aux futurs auditeurs de l’A2M ?

Restez impatients, soyez curieux de partager des réflexions, de bousculer vos certitudes, puis bâtissez ensemble une relation plus harmonieuse et durable avec le monde marin.

Interview de Franck ZAL – Docteur en biologie marine et entrepreneur

Franck Zal dirige l’entreprise Hemarina qui développe, à partir des propriétés exceptionnelles de l’hémoglobine de vers marins, des traitements favorisant la cicatrisation des brûlures. Une parfaite illustration de ce que la mer peut apporter de mieux à la santé humaine. Il interviendra lors de la session d’été 2026 de l’A2M. Interview. – Franck Zal, pouvez-vous […]