Interview de Manon AMINATOU – Auditrice et intervenante lors de la session 2026 de l’A2M à Monaco, promotion Sainte Dévote
Fondatrice de l’Alliance des Communes et Territoires Engagés (A.C.T.E.), Manon Aminatou aura le privilège cette année d’être à la fois auditrice à la formation de l’A2M, et intervenante lors du colloque “Mer et Santé humaine” qui se déroulera le 10 juillet prochain à l’hôtel Novotel Monte-Carlo.
Elle nous explique dans son interview les raisons de sa participation à notre session d’été.
– Manon Aminatou, pouvez-vous vous présenter ?
Je suis le fruit de plusieurs histoires : la première commence au Cameroun jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat ; la deuxième s’écrit grâce à l’école de la République française, qui m’a permis de devenir Docteure en pharmacologie, puis de me spécialiser en toxicologie. La troisième date d’une dizaine d’années, avec mon accréditation d’Expert Toxicologue Européen et la fondation d’un cabinet de conseil spécialisé dans l’analyse de la sécurité des produits de consommation, avant d’autoriser ou non leur mise sur le marché en Europe.
En 2020, j’ai été élue adjointe au maire de ma commune et en 2022, j’ai fondé l’Alliance des Communes et Territoires Engagés (ACTE), association dédiée au développement de la coopération entre l’Afrique et l’Europe sur la base des objectifs de développement durable définis par les Nations Unies.
– Y a-t-il une rencontre, une lecture ou une expérience qui vous a poussé à vous intéresser au monde maritime ?
C’est pour moi d’abord une expérience d’enfance à Kribi au Cameroun, face à l’immensité de l’océan Atlantique et ses plages de sable blanc. Cette première rencontre avec cet espace et sa ligne d’horizon qui fixe le regard m’a toujours accompagnée, tout comme les images du bonnet rouge du Commandant Cousteau sillonnant les océans sur la Calypso et montrant ce que personne n’avait exploré avant lui.
Plus tard, la pratique de la voile en Méditerranée, en France, m’a fait prendre conscience plus spécifiquement de la complexité de l’espace maritime littoral. J’ai pu y ressentir la force des éléments naturels et leur beauté mais aussi, la grande vulnérabilité de ce milieu soumis à la pression des activités industrielles et touristiques.
Par ailleurs, comme toxicologue, mon intérêt pour le monde maritime repose sur un mélange de responsabilité scientifique, d’engagement environnemental et sur la conviction que se joue là quelque chose d’essentiel, encore largement sous-évalué. Les milieux marins sont des réservoirs qui concentrent des substances toxiques avec de lourds impacts sur les écosystèmes et la santé humaine à travers la chaîne alimentaire. Comprendre, prévenir et corriger ces dégradations, c’est précisément là que mon expertise prend tout son sens.
– Comment avez-vous découvert l’Académie de la Mer de Monaco ?
Quelques éléments de contexte pour commencer. Depuis quelques années, je suis attentive aux travaux de l’Institut Océanographique de Monaco, qui met la science à disposition des gouvernements et pousse les acteurs économiques à prendre en compte les réalités des écosystèmes marins. Cette passerelle entre connaissance scientifique et politique de développement correspond exactement à mon approche professionnelle.
J’ai aussi compris qu’il était essentiel de se former de manière pluridisciplinaire sur la protection des océans, pour apporter une vision plus pertinente dans mon activité afin de pouvoir accompagner le développement des pays ayant une ouverture maritime.
C’est dans cette dynamique de réflexion que je me suis inscrite au colloque « Mer et Énergies » organisé par l’Académie de la Mer de Monaco en 2025. J’ai été séduite par la richesse du contenu, la diversité des points de vue et la qualité des échanges et des intervenants.
– Et qu’est-ce qui vous a poussé à candidater en tant qu’auditrice ?
C’est d’abord la pluridisciplinarité des thématiques de la session 2026 qui fait écho à l’analyse objective de mes besoins. Les défis auxquels nous sommes confrontés, tant sur le plan de la santé humaine que sur celui de la préservation de l’environnement, exigent cette vision pluridisciplinaire.
Outre que cette session représente une occasion unique d’approfondir mes connaissances de l’écosystème marin, elle sera aussi l’occasion d’échanger avec des experts internationaux et de s’appuyer sur leurs compétences et leurs expertises dans des projets de développement.
Par ailleurs, la Principauté de Monaco est un État inspirant. En effet, y convergent toutes les problématiques du développement moderne avec une ouverture sur la mer. Les solutions qui en émaneront peuvent être des éléments de transposition très pertinents pour d’autres pays.
Je suis particulièrement enthousiasmée par la perspective de découvrir les laboratoires de l’environnement marin de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique.
– L’approche multidimensionnelle de l’A2M représente-t-elle un levier pour votre carrière professionnelle ?
En tant que Présidente de l’Alliance des Communes et Territoires Engagés et également en tant que consultante, je travaille étroitement avec les États africains sur la gestion durable de leurs ressources, la protection environnementale et leur politique de résilience climatique.
C’est pourquoi, l’approche multidimensionnelle proposée par l’Académie de la Mer de Monaco correspond précisément à la vision intégrée que je souhaite porter dans mes engagements. Tout ceci constitue en effet, un levier important pour les actions à mener.
Donc, participer à ces enseignements constituera un gain de crédibilité et permettra d’envisager des solutions plus complètes, reposant sur une vision globale plus pointue.
– Cette participation s’inscrit-elle dans un projet professionnel lié à la mer ?
Oui, elle s’y inscrit pleinement. Mon ambition est de développer davantage la conservation et la restauration des écosystèmes marins sur le continent africain. Par ailleurs, je suis profondément convaincue que la préservation des océans ne peut pas être pensée de manière parcellaire.
L’Afrique doit devenir un objectif de premier plan car elle concentre d’une part des littoraux et une biodiversité spécifiques qu’il faut protéger et d’autre part, des dynamiques économiques et démographiques qui pèsent dans l’équilibre marin mondial et dont la maîtrise est primordiale.
Ce concept de protection globale des océans doit être mise en œuvre de façon appuyée au travers d’une coopération internationale à l’échelle des territoires et tout particulièrement en Afrique. C’est à ce niveau de proximité que l’on peut évaluer réellement les problématiques et déployer des actions locales adaptées et efficaces avec des moyens suffisants.
C’est dans ce cadre de réflexion que je souhaite développer une diplomatie associant la préservation de l’environnement maritime et le développement économique des collectivités territoriales en y intégrant les populations locales. Dans cette perspective, l’Académie de la Mer de Monaco peut jouer un rôle important d’expertise et de soutien dans le cadre de mes actions d’accompagnement au développement, de sensibilisation et de formation en Afrique.
Rendez-vous le 29 juin à Monaco pour le début de la session !
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