Interview de Carina COSTA DE OLIVEIRA – Professeure de droit international à la Faculté de droit de l’Université de Brasilia
Carina Costa de Oliveira est professeure de droit international à la Faculté de droit de l’Université de Brasilia et elle traversera l’atlantique début juillet pour intervenir à la session d’été de l’A2M.
Zoom sur son profil et la nature de son intervention lors de cette formation.
– Carina Costa de Oliveria, pouvez-vous vous présenter et nous décrire votre parcours professionnel et vos travaux ?
Je suis professeure de droit international et de droit de l’environnement à la Faculté de droit de l’Université de Brasilia, où je coordonne le Groupe de recherche sur le droit, les ressources naturelles et la durabilité (GERN-UnB). Mes recherches portent principalement sur le droit de la mer, la gouvernance côtière et maritime, ainsi que sur la conservation et l’utilisation durable des ressources marines.
Après un doctorat en droit international à l’Université Paris II Panthéon-Assas, j’ai effectué plusieurs séjours de recherche à Paris, Aix-Marseille, Brest, Cambridge et Adélaïde, qui ont contribué au développement d’une approche comparée et interdisciplinaire du droit de la mer. J’enseigne également ces thématiques dans différents programmes universitaires et professionnels. Cette année (avril 2026), j’ai enseigné dans le cadre du cours régional des Nations Unies sur le droit international organisé à Addis-Abeba, consacré au droit de la mer et à la gouvernance des océans.
Au cours des dernières années, j’ai participé, en tant qu’Advisor de la délégation brésilienne, aux négociations relatives à l’Accord BBNJ (Accord se rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale), ainsi qu’à plusieurs réunions internationales consacrées à la biodiversité et à la gouvernance des océans, notamment dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique et de l’Autorité internationale des fonds marins.
Je suis également co-coordinatrice de la section consacrée à la gouvernance des océans du World Ocean Assessment III (DOALOS-ONU). Mes travaux ont donné lieu à de nombreuses publications en droit de la mer, parmi lesquelles des ouvrages collectifs, des chroniques sur les négociations BBNJ, des articles dans Marine Policy, Revue juridique de l’environnement, Yearbook of International Environmental Law et des contributions consacrées à la gouvernance des océans, au patrimoine commun de l’humanité, à la planification de l’espace maritime et à la gestion durable des ressources marines.
– Comment avez-vous découvert l’A2M ?
Par l’intermédiaire de collègues qui y avaient déjà enseigné.
– Que pensez-vous du concept de « La mer à 360 degrés » de l’A2M, avec des thématiques aussi diverses que le droit, les sciences, la géopolitique, l’économie ou l’environnement abordés durant cette formation ?
Je considère que le concept de « La mer à 360 degrés » constitue l’une des approches les plus pertinentes pour comprendre et gouverner les espaces marins aujourd’hui. Les défis contemporains – changement climatique, perte de biodiversité, pollution, sécurité maritime, exploitation des ressources ou encore justice environnementale – ne peuvent plus être appréhendés à travers une seule discipline. Ils exigent une véritable intégration entre le droit, les sciences naturelles, les sciences sociales, l’économie et la géopolitique.
Cette vision correspond pleinement à mon parcours de recherche. À l’Université de Brasilia, je coordonne plusieurs projets fondés sur des méthodes interdisciplinaires, notamment dans le domaine de la gouvernance côtière et marine, de la biodiversité et des litiges environnementaux. Je travaille régulièrement avec des biologistes, des océanographes, des géographes, des économistes et des spécialistes des politiques publiques afin de produire des analyses juridiques mieux ancrées dans les réalités écologiques et sociales. Cette approche a également été au cœur de mes recherches sur les indicateurs juridiques des Objectifs de développement durable, sur la planification de l’espace maritime et sur la gouvernance de l’« Amazonie Bleue ».
Je suis convaincue que le droit joue un rôle essentiel dans cette perspective interdisciplinaire : il constitue un langage commun permettant de transformer les connaissances scientifiques en politiques publiques et en normes effectives. Mais cette interaction doit être réciproque. Les juristes ont besoin des sciences pour mieux comprendre les écosystèmes marins, tandis que les scientifiques ont besoin du droit pour assurer la mise en œuvre et l’effectivité de leurs recommandations.
C’est pourquoi je considère que le concept de « La mer à 360 degrés » dépasse la simple juxtaposition de disciplines. Il propose une véritable méthode de gouvernance fondée sur le dialogue des savoirs, l’intégration des connaissances scientifiques et traditionnelles et la coopération entre acteurs nationaux et internationaux. À mes yeux, cette approche est indispensable pour construire des solutions durables face aux défis de la gouvernance des océans au XXIe siècle.
– Sur quels sujets allez-vous intervenir lors de la session d’été 2026 de l’A2M à Monaco ?
Je vais intervenir les 7 et 8 juillet sur le thème de la vue d’ensemble du droit contemporain de la mer.
Le premier jour, je me concentrerai sur la gouvernance des océans, en m’appuyant notamment sur la publication récente du World Ocean Assessment III, qui comprend un chapitre consacré à la gouvernance de l’océan.
Le deuxième jour, j’aborderai les négociations de l’Accord BBNJ Accord se rapportant à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale ainsi que les principaux enjeux de sa première Conférence des Parties (COP), prévue en janvier 2027.
– Avez-vous des noms d’ouvrages ou de sites à recommander aux auditeurs sur ces sujets ?
ALMEIDA, Laisa Branco de, « The New Regulatory Framework under the BBNJ Agreement for Marine Genetic Resources and the Material Exception to Fishing and Fishing-Related Activities », Ocean Development & International Law, vol. 56, no 3, 2025, p. 319-339. DOI : 10.1080/00908320.2025.2531163. Disponible sur : https://doi.org/10.1080/00908320.2025.2531163
BLASIAK, Robert ; CLAUDET, Joachim, « Governance of the High Seas », Annual Review of Environment and Resources, vol. 49, 2024, p. 549-572. DOI : 10.1146/annurev-environ-011023-022521. Disponible sur : https://www.annualreviews.org/content/journals/10.1146/annurev-environ-011023-022521
FRIEDMAN, Shani, « The Interaction of the BBNJ Agreement and the Legal Regime of the Area, and Its Influence on the Implementation of the BBNJ Agreement », Marine Policy, vol. 167, 2024.KIM, Rakhyun E., « The Likely Impact of the BBNJ Agreement on the Architecture of Ocean Governance », Marine Policy, vol. 165, 2024, art. 106190. DOI : 10.1016/j.marpol.2024.106190. Disponible sur : https://doi.org/10.1016/j.marpol.2024.106190
LYONS, Youna ; OLIVEIRA, Carina Costa de ; FEBRICA, Senia ; FOLEY, Paul ; KIM, Rakhyun E. ; MARSCHOFF, Enrique ; MOH, Youngdawng ; RAFALY, Vonintsoa ; RODRÍGUEZ, Mariamalia ; SCOBIE, Michelle ; SEFRIOUI, Sarra, « Global Overview of Ocean Governance », dans The Third World Ocean Assessment (WOA III), Nations Unies, 2025, p. 43-59. Disponible sur : https://www.un.org/regularprocess/woa3
OLIVEIRA, Carina Costa de ; SCHIAVETTI, Mariana Bruck Moraes Ponna, « La planification de l’espace maritime comme outil de protection des vagues », Revue Juridique de l’Environnement, vol. 50, no 2, 2025, p. 289-296.
PARTHENAY, Kevin ; OLIVEIRA, Carina Costa de ; BARROS-PLATIAU, Ana Flávia, « The Core Latin American Members (CLAM) in BBNJ Negotiations: A Case of Rule-Making Influence from the South on the Ocean Regime », Marine Policy, vol. 183, 2025, art. 106920. DOI : 10.1016/j.marpol.2025.106920.
WU, Yaqi ; WANG, Xinyue, « High Seas Marine Protected Areas under the BBNJ Agreement: Implementation Gaps and Governance Pathways », Frontiers in Marine Science, vol. 13, 2026, art. 1860724. DOI : 10.3389/fmars.2026.1860724. Disponible sur : https://www.frontiersin.org/journals/marine-science/articles/10.3389/fmars.2026.1860724/full
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